Malevil, Robert Merle

malevilTitre : Malevil

Auteur : Robert Merle

Editeur : Folio

Année : [1972] 1987

635 pages

L’histoire : Emmanuel Comte est propriétaire du château de Malevil dans le sud de la France. Un jour où il reçoit ses amis, un évènement apocalyptique embrase la région. Après l’incendie, Comte et ses compagnons vont découvrir un monde dévasté où il va être difficile de trouver des ressources pour subsister. Comte va devoir mobiliser les compétences de chacun pour pouvoir faire face à la pénurie et aux bandes de pillards.

Ce que j’en pense : Malevil est un roman que j’avais prévu de lire plusieurs fois mais dont j’ai toujours reporté la lecture, peut-être en raison de son épaisseur. Mais je ne comprends plus cette réticence quand à la lecture je redécouvre le talent de conteur de Robert Merle.

C’est sûr que le début est fastidieux car Merle nous raconte de long en large l’histoire de Malevil et d’Emmanuel Comte. Mais ça se décoince lorsqu’arrive l’évènement. A partir de là le récit est fluide, les rebondissements arrivent régulièrement pour accrocher le lecteur.

Robert Merle ne s’intéresse pas vraiment à comment ses personnages vont s’en sortir car ils sont assez vite dotés d’un capital qui leur permet d’envisager l’avenir avec une certaine confiance. Non ce qui l’intéresse le plus ce sont les relations entre ses personnages. Voir comment vont interagir des personnes de conditions différentes, de voir comment vont évoluer les personnes ayant une idéologie contraignante (qui ne serait plus adaptée aux nouvelles circonstances).

Il n’y a qu’une seule chose qui m’a choqué, c’est la représentation de la femme dans le roman. Il y a trois types de femmes : la vieille paysanne patoisante et usée par le travail; l’homasse (c’est Merle qui utilise le mot) certes cultivée mais trop virile; la dévergondée qui couche avec tout ce qui bouge et qui par son manque d’esprit met tout le monde en danger. Celle qui semble à peu près normale, le narrateur regrette de ne pas l’avoir épousée car elle lui aurait fait « bon usage ».

Malevil est un bon roman post-apo d’un auteur pourtant pas versé dans la littérature de l’imaginaire. A part des réflexions sur les rapports entre les sexes qui sont plutôt datées, c’est un roman qui se laisse très facilement lire.

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Idée 16 : un château

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Un animal doué de raison, Robert Merle

un animal doué de raisonTitre : Un animal doué de raison

Auteur : Robert Merle

Editeur : Folio

Année : [1967] 1985

505 pages

L’histoire : Le professeur Sevilla a entrepris de faire parler le langage des hommes à des dauphins. A partir du moment où il va réussir, sa réussite va faire l’objet de convoitises notamment de la part des services de renseignements américains. Alors qu’on lui a enlevé ses dauphins, une explosion atomique détruit un navire américain à proximité des côtes chinoises. Cela provoque un casus belli entre les Etats-Unis et la Chine qui sont  à deux doigts de déclencher la Troisième Guerre Mondiale.

Ce que j’en pense : Un animal doué de raison est un roman dense en idées, même touffu. Robert Merle aborde de nombreux thèmes mais ceux-ci sont disparates et ça donne un goût d’inachevé à l’ensemble du roman.

Il entame le roman sur la question de faire parler le langage humain à des dauphins, animaux qui auraient la capacité de l’utiliser en raison de leur intelligence. Alors on a droit à un cours sur le dauphin, c’est encyclopédique et même si c’est intégré au récit j’ai l’impression que ça prend le lecteur pour un neuneu. 

Ensuite le récit est très tributaire du contexte géopolitique contemporain. La Guerre Froide est bien présente et on a droit à une opposition entre l’Occident (les États-Unis) et l’Est (URSS et Chine). Par contre il y a une certaine acuité quant à la description de la réaction de la population face à la destruction du navire américain. Même s’il devait se baser sur ce qu’il pouvait y avoir eu avec Pearl Harbour, j’ai trouvé qu’il y avait  de grandes ressemblances avec les réactions post 11 septembre. Comme quoi une nation aura à peu près les mêmes réactions face à un tel événement, quelle que soit son évolution historique.

A côté des considérations zoologiques et anthropologiques, il y a les personnages, dont les historiettes amoureuses plombent le récit. On croirait que plutôt que de sauver le monde , ils pensent à leur bas-ventre. En plus, à part Sévilla et Arlette Lafeuille (avec un nom pareil on ne risque pas de la confondre), ils sont assez interchangeables. Ils sont tous grands, beaux et en bonne santé, et on des prénoms bateaux comme Bob ou Peter. Des fois je soupçonne Robert Merle de vouer un culte à l’Amérique, tant ses personnages américains sont parfaits et ne font pas l’objet de critique.

Heureusement qu’il y a Fa et Bi, les deux dauphins, qui apparaissent bien plus complexes que les humains et aussi plus humains.

Un animal doué de raison est un roman longuet, plombé par des luttes intestines entre services de renseignement et hommes politiques, par des histoires de cœur et qui laisse un peu rapidement de côté le rapport entre l’homme et l’animal et la question de la conscience de l’animal.

Les hommes protégés, Robert Merle

Titre : Les hommes protégés

Auteur : Robert Merle

Edition : Gallimard

Année : 1974

377 pages

Note : 14/20

L’histoire : Une épidémie d’encéphalite touche les hommes en âge de procréer. La société américaine est durement touchée en raison de l’inertie des gouvernants. Des hommes dont le capital intellectuel est primordial sont isolés, protégés. Les femmes prennent ainsi le pouvoir.

Ce que j’en pense : Et si une épidémie frappait la moitié de la population humaine c’est-à-dire les hommes? Robert Merle part de cette hypothèse pour décrire un monde qui ne fait pas envie du tout. Les gouvernants pour des raisons électorales n’ont rien fait pour endiguer la maladie. Mais une fois qu’il n’y a plus d’hommes ce sont les femmes qui prennent leur place et aussi leur revanche. Il y a la mise en place d’un système répressif et totalitaire où les femmes se retrouvent en haut de la hiérarchie sociale, viennent ensuite les castrats (certains hommes font le choix de perdre leurs attributs plutôt que de perdre la vie) puis viennent les hommes encore entiers. Les hommes entiers ou protégés paient pour les siècles de domination masculine.

Écrit au milieu des années 70, en plein dans la lutte pour la condition féminine, le roman pose la question du rapport entre les sexes. Comment peut s’équilibrer ce rapport ? Doit-il y avoir une égalité ou y avoir un rapport de domination qui montrerait que les femmes n’ont pas plus de jugeote que les hommes.

C’est la description d’une société froide et totalitaire, et même si des femmes plus modérées arrivent au pouvoir par la suite , ce qui est proposé laisse encore l’homme de côté.

C’est vrai que par certains côtés le trait semble forcé, que le système décrit ne fait pas dans la finesse mais au moins cela suscite la réflexion.

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