L’échiquier de la Reine, Yann Kerlau

l'échiquier de la reineTitre : L’échiquier de la Reine

Auteur : Yann Kerlau

Editeur : Plon

Année : 2010

607 pages

Note : 12/20

L’histoire : Au milieu du 17° siècle, Christine de Suède monte sur le trône. Son règne va être de courte durée car ayant décidé d’embrasser la foi catholique elle doit abdiquer. Reine sans royaume, elle va voyager à travers l’Europe où elle va amasser des œuvres d’art, intriguer pour défaire des rois, des princes ou des papes; elle va tomber amoureuse d’hommes qui ne l’aimeront jamais.

Ce que j’en pense : L’échiquier de la Reine est une biographie romancée à la première personne. Pendant 600 pages (à la fin c’est long) on suit la vie de Christine de Suède. Au début le personnage peut paraitre intéressant. Polyglotte, intéressée par tous les domaines de la connaissance, elle rencontre les grands penseurs et artistes de son temps.

Mais à partir du moment où ses hormones commencent à la travailler, j’ai trouvé le récit laborieux. Elle va agir pour gagner le cœur d’hommes dont elle est amoureuse, mettre des femmes sur leur route, se venger de celles-ci quand elles réussiront mieux qu’elle. J’ai eu le sentiment que ses histoires de cœur prenaient une place trop importante par rapport au contexte historique pourtant riche et complexe.

Christine de Suède a fait ce qu’elle a voulu de sa vie, elle a été libre, elle a comploté contre des rois ou des papes mais ce qui me reste à la lecture de ce livre c’est qu’elle a pensé plus que de raison avec son bas-ventre (en faisant une analogie avec ce que disait Nietzsche sur les hommes).

Elric, tome 2 : La Forteresse de la Perle, Michael Moorcock

Titre : Elric, tome 2 : La Forteresse de la Perle

Auteur : Michael Moorcock

Editeur : Pocket

Année : [1989] 1990

250 pages

Note : 14/20

L’histoire : Elric arrive presque sans vie à Quarzhasaat, la ville engloutie par les dunes. Un notable local lui fait boire un élixir qui lui rend ses forces. Sauf que la potion est un poison qui va le tuer à petit feu et que c’est un moyen de pression sur Elric. Celui-ci va devoir chercher la Perle au Coeur du Monde au sein de l’Oasis Fleur d’Argent. Là il va découvrir que la fille prophète de l’Oasis est plongée dans un sommeil éternel. Il va devoir pénétrer ses rêves pour la libérer et accéder  à la Forteresse de la Perle.

Ce que j’en pense : J’avais pu lire la Forteresse de la Perle il y a deux ans et je n’avais pas apprécié. En le relisant j’ai changé de point de vue même si je ne serai pas enthousiaste sans limite.

La première fois je trouvais que le roman était très bavard avec peu d’action, qu’il n’était qu’une succession de tableaux, ce qui me donnait l’impression que ce n’était pas travaillé. Là en le relisant je trouve qu’il a des défauts, des incohérences mais dans l’ensemble c’est distrayant et c’est un récit de fantasy qui se démarque de ce que l’on trouve dans la fantasy.

Le fait pour Elric de voyager dans les songes permet de se retrouver dans des mondes où l’onirisme est assez présent. La chose étrange est qu’Elric dans son monde a bien la tête sur les épaules, il ne se laisse pas manipuler. Une fois qu’il est dans le monde des songes, même s’il est prévenu du danger, il va quand même se laisser tenter. Certains pourront dire que c’est ce qui arrive à la plupart des hommes mais Elric n’est pas un simple mortel. C’est Elric, un albinos qui ne fait qu’un avec son épée buveuse d’âme, qui a un démon du Chaos comme allié.

Encore une fois je vais m’énerver contre l’ordre de parution. Écrit en 1989, La Forteresse de la Perle est un des derniers romans écrits du cycle mais il se situe en deuxième position dans le cycle. Alors il y a des choses qui sont dites qui m’ont donné l’impression que j’avais raté des épisodes.

A part cela c’est plein d’éléments originaux qui ont une certaine poésie. Mais à côté du poétique il y a du sanguinolent et de la laideur. Car les choses et les êtres qu’Elric peut rencontrer finissent  coupés en deux par Stormbringer.

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Le Coeur des Batailles, tome 1 : La Marne !

Titre : Le Cœur des Batailles, tome 1 : La Marne !

Scénario : Jean David Morvan

Dessin : Igor Kadey

Editeur : Delcourt

Année : 2007

Note : 18/20

L’histoire : Juin, 1940, un journaliste américain rencontre un vieil homme au crépuscule de sa vie. Il a traversé l’Atlantique pour en apprendre plus sur un homme qu’il a rencontré lors de la guerre de 14. Le vieil homme va se replonger dans des souvenirs sombres, quelquefois héroïques, souvent troublants.

Ce que j’en pense : En commençant le récit par la fin, cet album ne pouvait qu’attiser ma curiosité. Pourquoi en 1917 la hiérarchie militaire veut fusiller Amaréo Zamaï soldat français originaire des colonies ? C’est par le biais d’un entretien entre un journaliste américain et Blaise Boforlant qui l’a connu dès 1914 que l’on va découvrir qui est Zamaï et ce qu’il représente.

Zamaï est un personnage qui fascine ceux qui l’entourent. Ça oscille entre homosexualité latente et crainte infondée. C’est une âme tranquille, il ne semble pas concerné par les entrainements réalisés à l’arrière . Mais lorsqu’il se retrouve  au combat c’est un dieu-guerrier qui ne craint pas la mort.

Alors pourquoi le fusiller ? Cette première partie n’y répond pas mais est assez intrigante pour vouloir connaitre la suite.

Une histoire de Chine, Pearl Buck

4Titre : Une histoire de Chine

Auteur : Pearl Buck

Editeur : J’ai Lu

Année : [1962] 1977

153 pages

Note : 13/20

L’histoire : Dans un coin de Chine, deux prêtres américains voient arriver les soldats de la Révolution bien décidés à faire avouer aux prêtres qu’ils sont des espions. Le chef des soldats va violer une jeune fille à laquelle un des prêtres est attaché. Un bras de fer moral va se nouer entre les religieux et les communistes.

Ce que j’en pense : Comme Pearl Buck en a l’habitude, elle va bâtir son roman sur une opposition. D’un côté il y a les révolutionnaires communistes, endoctrinés, reniant ce qu’ils ont été parce qu’ils croient qu’un avenir meilleur est possible. De l’autre il y a les prêtres catholiques qui malgré une vie retirée du monde se retrouvent sans le vouloir plonger dans une réalité matérielle qui les dépasse, pour la quelle ils ne sont pas préparés.

Chaque camp est représenté par des personnages assez forts et complexes. Le père Fitzgibbon est très à cheval sur les principes, voit presque le péché partout, mais son emprisonnement va faire évoluer sa mentalité, il va perdre de sa rigidité, être un peu plus pragmatique. Le père O’Banion va être partagé tout le long du roman entre sa volonté de respecter ses vœux et l’attirance qu’il éprouvera pour la jeune Siu-Lan. C’est un personnage que j’ai trouvé intrigant dès le début, il introduit du burlesque avec sa relation avec sa âne plus que têtu, se laisse martyrisé par son supérieur et peut d’un coup usé de violence contre ceux qui malmèneraient son supérieur. Ho-San peut être assez rapidement considéré comme le méchant : imbu de son autorité et de son pouvoir, prêt à utiliser la torture pour arriver à ses fins.. Mais il change lorsqu’il découvre son fils, fruit d’un viol. C’est peut-être cet optimisme un peu trop gros qui m’ennuie dans ce roman. Tout homme même s’il a commis des actes répréhensibles peut encore avoir en lui de la bonté. C’est pour moi une morale un peu trop chrétienne. C’est dommage d’avoir fini sur ça alors que j’avais plutôt apprécié les rapports complexes entre les personnages.

L’Héritage du diable, tome 2 : Le secret du Mont Saint-Michel

Héritage du diable 2Titre : L’héritage du diable, tome 2 : Le secret du Mont Saint-Michel

Scénario : Jérôme Félix

Dessin : Paul Gastine

Editeur : Bamboo

Année : 2011

Note : 14/20

L’histoire : La diva Calvé a réussi à trouver le lieu que le tableau de Poussin désignait : un lieu qui a permis au Moyen-Âge d’invoque le Diable. Constant et ses amis semblent un peu laissés sur place dans les découvertes quand apparait une troisième faction : un ordre secret de personnes investies d’une mission sacrée et qui ne semblent pas craindre la mort.

Ce que j’en pense : C’est un deuxième volet un peu moins enlevé que le premier. Je trouve qu’il s’intéresse un peu plus aux personnages surtout à Diane la jeune aventurière . On découvre quelles sont se motivations à suivre Constant dans se aventures. Même si elle apparait sincère lorsqu’elle le dit, on ne sait jamais si c’est vrai ou pas. Ça fait plaisir d’avoir un personnages comme elle : assez complexe, qui ne se révèle pas ‘un coup.

L’apparition d’un ordre secret vient complexifier l’affaire, comme il y a peu de révélations à son sujet on ne pas bien de quel côté ses membres vont se situer. Ça donne toutefois un épisode intéressant et toujours aussi dynamique.

S.O.S. Situation Intenable, Paul Kenny

numérisation0001Titre : S.O.S. Situation Intenable

Auteur : Paul Kenny

Editeur : Fleuve Noir

Année : 1956

219 pages

Note : 08 / 20

L’histoire : Paul Nissant, citoyen belge, est arrêté dans la banlieue de Bruxelles pour meurtre. Le Deuxième bureau, service de renseignement français, possède une fiche sur lui. Le service intrigué par un tel événement va envoyer son meilleur agent : Coplan.

Ce que j’en pense : Les années 50, merveilleuse époque où les agents secrets se multipliaient presque aussi rapidement que des amibes. A la volée on peut citer James Bond, OSS 117 et puis il y a Coplan. Athlétique, maitre de lui, précis en tir et en bagarre, juste ce qu’il faut d’humour, Coplan est le représentant de l’Occident face aux périls qui peuvent le menacer. Parce que Coplan va remonter jusqu’à un réseau de trafiquants d’armes internationaux d’obédience communiste qui fournit les partisans de l’indépendance dans les colonies. Coplan se retrouve à défendre l’impérialisme face aux velléités indépendantistes des colonies et à défendre la démocratie face à l’ennemi communiste. Sa défense se fait sur fond de filatures dans les rues sombres de Bruxelles, de manipulations, de trahisons, de séductions. Car oui la femme fatale est bien présente. Je trouvais que Coplan était déjà une caricature de l’agent secret tant il était le meilleur  représentant d’un certain ordre idéologique. Mais avec l’apparition de l’agent ennemie dont l’unique rôle est la séduction et la coucherie, j’ai trouvé qu’on avait touché le fond. Voyez plutôt : « Yvonne, la bouche entrouverte, les seins gonflés de paresseux bien-être et de langueur sensuelle, mendia silencieusement un baiser ». Et ce n’est qu’une petite partie d’un érotisme qui va flatter le mâle lecteur. D’un côté il y a la vamp irrésistible mais d’un autre il y a une méchante qui se fait passer pour folle mais qui est tellement sans grâce que Coplan se demande si ce n’est pas un homme. Voilà une belle image de la femme
.

Je vais pouvoir dire que j’ai lu un roman de Coplan mais quelle expérience de se retrouver face à quelque chose d’aussi daté.

Dans la maison de l’autre, Rhidian Brook

Titre : Dans la maison de l’autre

Auteur : Rhidian Brook

Editeur : Fleuve Noir

Année : 2013

333 pages

Note : 13/20

L’histoire : Hambourg, 1946. Le colonel Lewis Morgan de l’armée britannique est chargé de la reconstruction de la ville après la capitulation allemande. Une villa a été réquisitionnée pour qu’il puisse s’y installer avec sa famille. Contrairement aux militaires, il refuse que la famille qui habite la villa s’en aille. Une cohabitation chaotique va se faire entre les deux familles.

Ce que j’en pense : Dans la maison de l’autre est le récit d’une confrontation entre deux anciens ennemis obligés de s’entendre dans la paix. C’est cette dimension historique que j’ai apprécié dans le roman. Parce que c’est plutôt rare de voir aborder les questions de la dénazification, de la reconstruction dans un roman. Les vainqueurs alliés se sont retrouvés à prendre possession de l’Allemagne, avec l’idée d’apprendre la démocratie à n peuple qui en a été privé. J’ai eu l’impression de voir débarquer les alliés dans une colonie où ils devraient faire face à des barbares. Mais certaines attitudes et comportements des alliés peuvent se faire demander qui est véritablement le barbare. Parce que rafler des objets de valeurs chez les Allemands au prétexte qu’ils sont à l’origine de la guerre rabaisse quand même les victorieux alliés champions de la démocratie et défenseur de la civilisation au niveau des nazis qui spoliaient les Juifs. C’est cette opposition entre les deux camps qui ont des préjugés, qui ne se connaissent pas que j’ai apprécié.

Par contre les personnages et leur histoire personnelle, je les ai trouvé trop classiques, bien trop prévisibles. La difficulté de se retrouver des deux époux britanniques, l’un est accaparé par son travail et l’autre est blessée par la perte d’un enfant dans le Blitz; la fille de la maison qui va se rapprocher d’une certaine résistance à l’occupation alliée; un maitre de maison veuf qui va essayer de réduire à néant les préjugés de la nouvelle maitresse de maison, tentative qui va vite prendre un tour sentimental. Pour moi les personnages sont un peu trop superficiels, ils manquent de complexité dans leur psychologie et dans leurs rapports avec les autres. C’est un peu dommage que de tels personnages se retrouvent dans un récit situé dans un contexte historique intéressant.

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L’héritage du Diable, tome 1 : Rennes-le-Château

Titre : L’héritage du Diable, tome 1 : Rennes-le-Château

Scénario : Jérôme Félix

Dessin : Paul Gastine

Editeur : Bamboo

Année : 2009

Note : 14/20

L’histoire : 1939, Constant un jeune peintre parisien vit comme un désespéré depuis quatre ans. Il est follement amoureux d’une jeune fille qu’il a connu une nuit. Un jour chez un antiquaire il découvre une copie d’un tableau de Poussin où il reconnait sa bien-aimée. Alors qu’il veut l’acheter un prêtre renchérit mais perd la vente. Constant va retrouver le prêtre agonisant dans sa cage d’escalier, celui-ci va lui confier un secret convoité par les nazis et le Vatican.

Ce que j’en pense : Voilà une série qui agglomère de nombreux éléments présents ailleurs que ce soit films, BD ou romans pour garder et donner le meilleur : un peu d’ésotérisme et de satanisme, un peu de Seconde guerre mondiale parce que les nazis et leurs sbires ça fait de bons méchants, des femmes fatales avec du caractère.

Le héros, Constant, n’a rien d’un héros, c’est juste un amoureux désespéré qui ne sait pas faire grand chose. Il va se retrouver entre deux groupes impitoyables mais discrets. A ses côtés il y a une jeune fille habituée aux actions violentes et au passé peu reluisant, face à eux il y a une diva d’opéra taillée comme une vamp hollywoodienne et alliée aux nazis.

Le récit est servi par un dessin dynamique et agréable qui permet d’avoir un bon moment de détente.

Continent Perdu, Norman Spinrad

Titre : Continent Perdu

Auteur : Norman Spinrad

Éditeur : Le Passager Clandestin

Année : [1970] 2013

115 pages

Note : 15/20

L’histoire : Au XXIII° siècle, les Etats-Unis sont devenus un pays fantôme. Un smog rend l’air irrespirable et réduit drastiquement l’espérance de vie. La population est quasiment inexistante. Le pays sert de lieu d’étude et de voyage pour les Africains qui sont devenus la première puissance mondiale.

Ce que j’en pense : J’ai lu cette nouvelle de Norman Spinrad dans le cadre de La Voie des Indés organisée par Libfly qui permet de lire des publications d’éditeurs indépendants.

C’est le deuxième écrit que je lis de Spinrad et encore une fois il y a de la matière intelligente. Spinrad aborde le thème de l’environnement et de sa destruction . Sans que l’on sache bien comment un smog s’est étendu sur l’Amérique en détruisant toute forme de vie qui ne serait pas protégée.

Continent Perdu c’est aussi le récit d’une puissance détruite dont le peu d’habitants restant essaie d faire du pays un parc d’attraction pour touristes africains. Avec les touristes africains qui débarquent en masse, Spinrad retourne le racisme. La condescendance se fait maintenant du noir vers le blanc, qui n’est plus bon qu’à divertir l’Africain représentant de la nouvelle puissance mondiale. Chose qu’il peut encore faire quand il n’est pas réduit à l’état de larve dégénérée comme ces métroglodytes qui se sont emmurés dans les galeries du métro et qui y vivent en autarcie depuis plus de deux siècles.

Continent Perdu décrit un futur flippant mais qui pourrait tout à fait se produire, notamment en ce qui concerne l’environnement. C’est un court récit mais très dense et qui mériterait d’être relu pour pouvoir être sûr de n’avoir rien oublié.

encartLibFly

L’Eternaute, tome 1

Titre : L’Eternaute, tome 1

Scénario : Hector Oesterheld

Dessin : Solano Lopez

Editeur : Vertige Graphics

Année : [1957-1958] 2008

Note : 14/20

L’histoire : Juan Salvo vit tranquillement dans un quartier de la banlieue de Buenos Aires. Un soir lors d’une partie de cartes avec des amis, des flocons tombent sur la ville mais ceux-ci tuent tous les êtres humains qui se trouvent à leur contact.

Salvo et ses amis vont devoir faire face à une situation qui les dépasse complètement et qu’ils ne comprennent pas. La première chose pour eux va être de survivre en attendant d’hypothétiques secours.

Ce que j’en pense : Avec ce premier épisode de l’Eternaute, je me suis rendu compte que j’allais voyager en matière de BD. Il est plutôt rare de retrouver dans nos contrées des BD dont les auteurs sont argentins.

Avec cet album, il est un peu difficile de savoir où on va. On est au même niveau que les personnages enfermés dans une maison sans nouvelles du monde extérieur : catastrophe nucléaire entrainant la disparition de l’humanité sous des flocons tueurs ? Première phase d’une invasion extraterrestre ? il faut arriver à une bonne moitié du récit pour savoir ce qu’il en est.

Mais le format un peu long ( à l’origine la bande dessinée était publiée en feuilleton) entraine une certaine lassitude dans la lecture.