Ces hommes dans la jungle, Norman Spinrad

ces hommes de la jungle

L’histoire : Bart Fraden, président de l’Etat libre de la Ceinture, subit un coup d’Etat. Obligé de s’enfuir, il est à la recherche d’un monde à conquérir. Il tombe sur Sangre, une planète dominée par la Confrérie de la Souffrance, une bande de dégénérés qui pratiquent la torture, l’esclavage et le cannibalisme. Face à une telle bande, la tâche ne va pas être simple.

Ce que j’en pense : Norman Spinrad n’est pas un auteur que je lis très régulièrement et pourtant je devrais parce que quelque soit le thème il y a toujours matière à réflexion.

Ici avec Ces hommes dans la jungle, écrit en 1967, on retrouve plein d’idées propres à l’époque où il a été écrit.

La révolution que Fraden tente de mener fait penser aux révolutions marxistes qui essayaient de percer notamment en Amérique du Sud. Plus récemment, Fraden et ses sbires m’ont fait penser aux FARC colombiens. Ce qui est le plus marquant aussi c’est que les tribulations de Fraden ressemblent beaucoup aux errements de la diplomatie américaine. On peut facilement considérer que Fraden est une métaphore des Etats- Unis. Il y a une volonté d’asseoir sa puissance, il utilisera la propagande, il manipulera les esprits simples, puis il s’en ira parce que même s’il a réussi à mener sa révolution la situation qui en découle ne le satisfait pas. Il laisse la planète avec un beau bordel sans que ça le chagrine plus que ça. Ce qui est un peu moins réussi ce sont les traits psychologiques des personnages, ils sont un peu trop prévisibles.

Ces hommes dans la jungle a une grosse liberté de ton (en rapport à son année de parution), à travers la critique politique, il y a des scènes de violence plutôt sanguinolentes et des scènes de sexe qui essayent d’être osées (je les ai trouvées un peu nunuches). Le roman se lit plutôt facilement même si sur la fin ça traine un peu en longueur à cause d’une multiplication des subterfuges. Donc malgré un cadre divertissant (celui du space opera) il a y avec Spinrad une critique de la société dans laquelle il vit et que ce soient des gouvernants comme des gouvernés.

Dans le texte : « J’y comprends rien, Bart, vraiment rien. On dirait qu’il n’y a pas une seule couille en état de marche sur toute la planète. Je n’ai jamais rien vu de pareil. Ces Sangriens passent leur vie à se faire enculer à tour de bras et à longueur de journée, mais ils n’ont pas envie de se battre. Ça ne leur viendrait même pas à l’idée. »

ssw-7ABC imaginaire 2016

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Rêve de fer, Norman Spinrad

reve de ferTitre : Rêve de fer ( The Iron Dream)

Auteur : Norman Spinrad

Edition : Folio SF

Année : [1972] 1992

382 pages

L’histoire : Après la défaite allemande de 1918, Adolf Hilter a émigré aux États-Unis. Il s’y est découvert une vocation d’écrivain de science-fiction. Il va écrire Le Seigneur du Svastika où seront résumés ses désirs belliqueux et de pureté raciale et qui sera récompensé par de nombreux prix littéraires. Alors voici Le Seigneur du Svastika.

Ce que j’en pense : Il fallait oser faire un tel roman, Spinrad l’a fait. La prétendue œuvre d’Adolf Hitler s’il s’était reconverti en écrivain plutôt qu’en prétendant à la dictature. C’est bien sûr une œuvre qu’il faut lire au second degré voire plus. A la fois parodie de fantasy et critique de l’idéologie national-socialiste, Rêve de fer peut faire jaser.

Spinrad en choisissant un héros grand, fort, d’une pureté génétique irréprochable, se moque des auteurs de fantasy qui ont l’habitude d’utiliser des héros présentant de tels stéréotypes. L’œuvre d’Hitler présente de nombreux défauts techniques, comme pour montrer que c’est l’œuvre d’un homme peu équilibré . Le héros arrive en ville réussit à monter une armée, à conquérir le pouvoir et à partir en guerre contre l’ennemi viscéral de l ‘humanité pure. En un temps très réduit on passe d’une civilisation qui maîtrise à peine la vapeur à une qui sait créer des armes puissamment meurtrières et qui se lance dans la conquête spatiale.

On retrouve tous les éléments qui ont fait le nazisme : les SS, les croix gammées, la volonté de mettre en place le règne d’une humanité génétiquement pure, l’exaltation de la puissance physique par le biais de la violence. Mais ces éléments sont réutilisés tellement de fois dans le roman que l’écœurement arrive assez vite, ensuite c’est l’ennui car à part parler de pureté génétique et de jouer au grand chef de guerre, le héros ne fait pas grand chose d’autre. Le schéma narratif est assez répétitif, effet voulu pour montrer que Hitler écrivain n’aurait pas été forcément un bon écrivain.

Ce n’est peut-être pas forcément un grand roman de Norman Spinrad mais il a le mérite de susciter un étonnement et une réflexion.