Les barreaux de l’Eden, Pierre Pelot

les barreaux de l'edenTitre : Les barreaux de l’Eden

Auteur : Pierre Pelot

Editeur : J’ai Lu

Année : 1977

287 pages

L’histoire : Jagor Jean, être quasi mythologique, a réussi à procurer aux survivants les plus riches d’un évènement apocalyptique l’immortalité de l’âme.

Cette possibilité fait accepter aux hommes le fait d’être discriminés en fonction de classes génétiques, le fait d’être régis par des lois discutables.

Aussi ceux qui remettent en cause l’ordre établi, les Incrédules, sont pourchassés. Ceux qui sont retrouvés par les autorités sont obligés de suivre un programme de guérison devant les ramener sur le chemin de la foi.

Ce que j’en pense : Quand j’ai vu que le Bifrost de janvier était sur Pierre Pelot, je me suis dit que j’allais anticiper la découverte de cet auteur. Dans une librairie d’occasion, je suis tombé sur un de ses romans, allez on se lance.

On se retrouve dans un futur aux classes segmentées et strictement définies. Un cataclysme écologique est à l’origine de cette société qui se raccroche à un personnage messianique. Mais dès le début on sent qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec cette prétendue immortalité de l’âme, que c’est un piège à cons.

La description de la société du bas est sidérante : promiscuité, désespérance, atmosphère poisseuse. Population qui se raccroche aux œuvres d’un chanteuse névrosée, à sa présence qui entraine une transe collective dans une foule sans repères.

Ce qui ressort de manière flagrante est le thème de la manipulation des hommes, que ce soit par le biais de la culture ou par le biais du prétendu Graal de l’immortalité. Écrit à la fin des années 70, Les barreaux de l’Eden réunit psychédélisme et pessimisme. Il faut avancer dans la noirceur du roman pour appréhender certains aspects de cette société.

Je n’ai pas beaucoup lu de SF française de cette époque mais j’ai retrouvé chez Pelot les mêmes préoccupations qu’il pouvait y avoir chez Andrevon par exemple.

C’est un roman tout à fait abordable pour découvrir Pierre Pelot mais malheureusement desservi par la couverture (trompeuse) de Siudmak.

L’Homme doré, Philip K. Dick

l'homme doreTitre : L’Homme doré

Auteur : Philip K. Dick

Editeur : J’ai Lu

Année : [1953- 1980] 1982

285 pages

Ce que j’en pense : Les romans du début de la carrière de Philip K. Dick me laissent parfois un sentiment de déception. Les personnages se ressemblent trop : les hommes sont névrosés, manipulables et les femmes sont manipulatrices et dominatrices.

Mais quand je lis des nouvelles de Dick, je me  rends compte qu’il est meilleur novelliste que romancier.

Sur ce recueil, il y a peu de déchet. J’avoue que Chaines d’air, réseaux d’éther et Si Cermoli n’existait pas ne m’ont pas intéressés du tout. 

L’Homme doré, comme chasse aux mutants, fait écho aux X-Men. Le projet Argyronète est bien drôle en mettant en scène des auteurs de SF comme Poul Anderson ou A.E. Van Vogt qui sont recherchés par les hommes du futur car ils sont prescients. On va vers la fantasy avec Le Roi des elfes, qui relue une deuxième fois est plutôt bien. On y retrouve la confrontation entre deux réalités.

Donc des histoires de réalité, des histoires sur la manipulation, sur le vampirisme (La dame aux biscuits), les mélanges entre différentes entités (Quelle chance d’être un Blobel !), beaucoup de diversité dans les thèmes traités avec beaucoup de dynamisme, de l’humour.

Un recueil réussi avec des nouvelles qui embrassent l’ensemble de la carrière de Dick et prouvent son talent.

Morwenna, Jo Walton

morwennaTitre : Morwenna ( Among Others)

Auteur : Jo Walton

Editeur : Denoël

Année : [2010] 2014

334 pages

L’histoire : Morwenna a été placée dans une école privée par son père. Elle se remet de l’accident de voiture qui l’a laissée handicapée et l’a privée de sa sœur jumelle. Les livres de fantasy et de SF lui permettent de surmonter cette épreuve. Elle y trouve des réponses pour combattre son pire ennemi, une sorcière, sa propre mère.

Ce que j’en pense : Morwenna est un roman autour duquel j’ai beaucoup tourné, hésité lors de sa sortie. Il y avait beaucoup d’avis enthousiastes. Même qu’un challenge a été crée pour découvrir tous les romans cités dans le roman.

Il aura fallu une visite aux Intergalactiques de cette année pour que je saute le pas. Jo Walton est très gentille mais je n’ai pas été un cadeau avec mon anglais foireux.

Ce fut pour moi une lecture très sympa. On ne sait jamais très bien se situer entre réalité et fantastique. Les elfes, les sorcières sont-ils réels ou sont-ils juste le fruit de l’imaginaire de Morwenna ?

L’imaginaire et ses auteurs sont un moyen pour Morwenna de découvrir le monde de l’appréhender. Bien sûr il y a parfois des ratés où ce qui est écrit dans les romans est en inadéquation avec le monde réel. Mais les lectures de SF et de fantasy permettent une belle réflexion sur le monde qui entoure Morwenna.

Je suis impressionné par le nombre de romans cités dans Morwenna. Je me rends compte que dans mes lectures je suis encore passé à côté de nombreux auteurs qu’il faut avoir lu (Zelazny, Brunner) ou des auteurs moins connus comme Tiptree.

Le personnage de Morwenna a beaucoup souffert dans sa courte vie mais à aucun moment elle n’attire la pitié. On a plutôt du respect pour cette fille qui a perdu sa sœur, que sa mère n’aime pas, dont le père peine à être un vrai père, dont les tantes essaient de la manipuler. Elle ne se sent bien qu’avec des inconnus avec qui elle partage la passion pour la SF et la fantasy. On aimerait avoir une telle personne dans son entourage pour parler sans restriction de lecture.

Oui, Jo Walton, la lecture de Morwenna fut pour moi un « Happy reading ».

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Prix Hugo 2012, Prix Nebula 2011, Prix British Fantasy Award 2012

2084 – La fin du monde, Boualem Sansal

2084Titre : 2084 – La fin du monde

Auteur : Boualem Sansal

Editeur : Gallimard

Année : 2015

288 pages

L’histoire : A la suite d’une catastrophe apocalyptique est apparu l’Abistan, un immense empire dont le nom est tiré de celui du prophète Abi. Son système est basé sur l’amnésie et la soumission au dieu Yolah. Un puissant système policier permet d’assurer l’obéissance de la population. Ati va commencer à remettre en cause certaines croyances mais il va enter dans un monde dangereux.

Ce que j’en pense : A l’occasion de la rentrée littéraire, Price Minister a fait comme Babelio : proposer un roman contre une critique. 2084 de Boualem Sansal était celui qui me paraissait le plus intéressant. Depuis il a reçu le Grand Prix de l’Académie Française à défaut d’avoir obtenu le Prix Goncourt.

Avec 2084, Sansal nous entraine dans une dystopie particulièrement sombre. Une catastrophe nucléaire a permis l’émergence d’un empire assis sur la religion. Mais 2084 se rapporche de l’orwellien 1984, car la population vit enclavée dans des frontières infranchissables sans connaissance de ce qu’il se passe au-delà; Abi a mis en place l’Abilangue, une novlangue devant remplacer toutes les autres langues; il n’y a plus qu’une pensée unique basée sur les préceptes de Yolah.

Ce qui est saisissant c’est la description de cet Etat totalitaire basé sur la religion, ce qui entraine violence et amnésie collective. Et que cette description est très proche de ce qu’il se passe au sein de l’Etat Islamique.

Par contre Boualem Sansal a un traitement très froid de l’histoire de se personnages. Même si en raison du monde où ils se trouvent il y aurait largement de quoi partager leurs angoisses et leurs difficultés. Mais Sansal laisse une grande distance entre les personnages et le lecteur. Je n’ai pas eu beaucoup de choses à partager avec eux. De plus les personnages de Sansal sont peu attachants, je les ai trouvés très lisses, avec peu d’aspérités pour pouvoir s’y accrocher ou s’y attacher.

C’est presque dans l’indifférence que j’ai fini ce roman qui commençait bien même si les premières pages n’étaient pas faciles d’accès.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2015 de Priceminister

La fille automate, Paolo Bacigalupi

la fille automateTitre : La fille automate

Auteur : Paolo Bacigalupi

Editeur : J’ai Lu

Année : [2009] 2013

639 pages

L’histoire : Dans un futur pas très lointain, l’amenuisement des ressources d’énergie fossile a modifié la géopolitique mondiale. Il est alors nécessaire de maitriser les mutations génétiques pour asseoir sa domination économique. Anderson Lake travaille pour un empire de l’agroalimentaire à Bangkok. Il y rencontre Emiko, une fille artificielle, créée pour satisfaire les désirs des puissants.

Ce que j’en pense : Quand on s’intéresse un tant soi peu à la littérature de l’imaginaire, il est presque impossible de n’avoir pas entendu parler de La Fille automate. Ce  premier roman de Bacigalupi a raflé le trio incontournable des prix de l’imaginaire (Hugo, Locus, Nebula) et a déchainé les passions.

Le roman nous plonge dans un futur dévasté où plus grand chose ne tient debout. L’énergie est rare et convoitée. Les fruits et légumes ont disparu et ont été remplacés par des produits génétiquement modifiés pour résister aux maladies dévastatrices. Ce futur ne semble pas si aberrant lorsque l’on met en relation les éléments du roman de Bacigalupi avec les évolutions actuelles de la science comme les animaux clonés, les OGM, les maladies comme le H1N1 ou le SRAS. Alors du côté de la description d’un futur brutal et pas si éloigné de la réalité, Bacigalupi réussit son coup.

Mais du côté des personnages, je n’ai pas accroché du tout. Ils sont nombreux à évoluer dans un Bangkok coupé du monde. Il y a ces fonctionnaires qui cherchent à préserver l’indépendance du pays, ces occidentaux travaillant avec cynisme pour des multinationales de l’agroalimentaire, ces réfugiés japonais ayant un statut de quasi-esclaves mais je ne les ai pas trouvé intéressants. Et puis Emiko, la fille automate, a un rôle bien peu important par rapport aux autres personnages. Elle est sous-exploité alors que lorsque l’on s’intéresse au roman on peut croire que la fille automate va être le personnage principal du roman. Ce qui n’est pas le cas. De plus son destin apparait assez basique. Elle ne cherche pas à se transcender. Elle veut juste retrouver des créatures comme elle. Donc celle qui à mes yeux devait porter le roman a bien peu d’ambitions.

Alors La Fille automate est un roman qui m’a à moitié déçu et à moitié satisfait. La description de ce futur est marquante mais les personnages ne permettent pas de faire passer rapidement la lecture de plus de six cents longues pages.

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Prix Hugo 2010, Prix Nebula 2009, Prix Locus 2010, Grand Prix de l’Imaginaire 2013, Prix Bob-Morane 2013

Deepwater Prison

deepwaterprison1Titre : Deepwater Prison

Scénario : Christophe Bec

Dessin : Stefano Raffaele

Editeur : Soleil Productions

Année : 2014

L’histoire : Une plate-forme pétrolière est en perdition. Le pétrole qu’ elle exploite s’échappe et va polluer les eaux et les terres avoisinantes. Le gouvernement dépêche une fonctionnaire pour enquêter sur les agissements de la compagnie pétrolière. Les enquêteurs vont installer leur base dans une prison sous-marine aux conditions de vie extrêmes.

Ce que j’en pense : Christophe Bec est un scénariste qui réussit sans problème, avec un élément, à créer une série implacable qui va scotcher le lecteur de bout en bout.

deepwaterprison2Deepwater Prison est une sorte de Prison Break dans une prison sous-marine installée à 1000 mètres de profondeur. Avec cette série il y a de nombreuses thématiques.

On a droit à la description d’un univers carcéral très dur : les matons sont tout-puissants et abusent de leurs pouvoirs., la moindre faveur se monnaie par un viol du détenu le plus jeune. Les rapports sont très manichéens entre les détenus et les matons.

Il y a aussi la question de la pollution maritime due à un défaut d’entretien et de non respect des normes de sécurité sur une plate-forme pétrolière. Les représentants véreux de la société veulent cacher à tout prix la malveillance face à une jeune représentante du ministère de l’environnement.

Le Projet Morgenstern, David S. Khara

le projet morgensternTitre : Le Projet Morgenstern

Auteur : David S. Khara

Editeur : Critic

Année : 2013

331 pages

L’histoire : Berlin, 1942, un officier nazi est chargé de retrouver un enfant évadé d’un camp où il a fait l’objet d’expérimentations. De nos jours un couple semble décidé à vivre normalement mais un jour tout bascule et ils retrouvent pris dans une spirale de violence.

Ce que j’en pense : Sur ma liseuse j’ai les trois romans des aventures d’Eytan Morgenstern. J’ai fait le malin et je n’ai pas vérifié par lequel il fallait commencer. Voilà que j’entame la série par le troisième, un peu comme avec la trilogie Bourne avant qu’elle ne soit plus connue grâce aux films. Après le roman se lit sans problème même si on n’a pas lu les précédents.

On se retrouve dans un techno-thriller où les héros se retrouvent confrontés à un consortium avide d’asseoir sa domination sur le monde. Mais voilà un ressort assez classique. Ça change un peu avec les personnages. Eytan Morgenstern, enfant juif au destin brisé par des expérimentations nazies dans le but d’en faire un surhomme. Morgenstern a bien sûr un caractère increvable qui lui permet de se dépêtrer de situations plutôt périlleuses. Il est accompagné de deux anciens du Mossad qui amènent un peu d’humour au récit qui est parfois tragique lorsque David S. Khara introduit des flashbacks pour raconter l’histoire de Morgenstern. A ce trio il faut ajouter un couple de jeunes que Morgenstern a rencontré dans l’épisode précédent. Le problème c’est que ces jeunes sont plutôt fades et peu déjà-vu.

Khara nous livre un thriller sans temps mort. Le fond historique donne un intérêt particulier au récit.

Cristal qui songe, Theodore Sturgeon

cristal qui songeTitre : Cristal qui songe

Auteur : Theodore Sturgeon

Editeur : J’ai lu

Année : [1950] 1975

308 pages

L’histoire : Horty est renvoyé de l’école pour avoir mangé des fourmis. Ses parents adoptifs vont être une fois de plus violents contre lui. Il s’enfuit de la maison pour se réfugier dans un cirque où il va côtoyer d’étranges personnages. Mais le plus étrange et le plus dangereux est son directeur qui possède une collection de cristaux qui ont d’étranges pouvoirs.

Ce que j’en pense : Cristal qui songe est le deuxième roman le plus connu de Theodore Sturgeon avec Les plus qu’humains. J’avais lu ce roman il y a plusieurs années et je n’avais pas aimé. Mais ici j’ai changé d’avis et j’ai trouvé ce roman plus abordable que Les plus qu’humains.

Bien sûr on reste toujours dans un monde où l’on côtoie des personnages étranges. Mais ceux-ci sont humains malgré leur étrangeté. Au contraire dans le roman, ceux qui sont véritablement humains sont méchants à l’instar des parents adoptifs d’Horty ou du directeur du cirque. A côté des personnages étranges, il y a les cristaux dont on connaitra juste les capacités mais rien sur les raisons de leur existence.

Avec ce roman, Sturgeon est revenu en grâce à mes yeux. Je me suis retrouvé dans un roman où le fantastique se mêle à la folie, avec des personnages qui ne sont pas dans la norme mais qui sont attachants.

Bilan de novembre

Nous voilà arrivés dans le dernier mois de l’année. Ça va être la période des des bilans et des rétrospectives. Je vais essayer de ne pas tomber dans

Le mois de novembre a plutôt été light en lecture. Quatre livres lus : Cristal qui songe, Le Projet Morgenstern, La fille automate et 2084. Il y a eu un abandon, je dois le souligner parce que cela m’arrive très rarement : Le monde selon Garp.

Côté achats de livres je pointe à zéro, youhou !!! Par contre j’en ai reçu deux : 2084 de Boualem Sansal et Lu’Men de Laurent Genefort. Tous deux primés, donc je suis plutôt satisfait de mes choix.

Par contre en numérique, les Indés de l’imaginaire sont des vils tentateurs. A cause d’eux j’ai acheté Les neiges de l’éternel de Claire Krust, Véridienne 1 de Chloé Chevalier et Blizzard Livres 1 et 2 de Pierre Gaulon. Et ce week-end il y avait une mega promo sur Futu.Re de Glukhovsky.

seur sur marsCe mois-ci je suis retourné au cinéma pour aller voir Seul sur Mars. Je sais, ce n’est pas bien, je n’ai pas lu le livre d’Andy Weir. Bien sûr le personnage joué par Matt Damon a beaucoup de facilités, le dénouement est sans surprise. Je suis sûr qu’il y a plein de libertés prises avec la réalité.Mais voilà tu es posé dans le fauteuil et tu profites du spectacle. Esthétiquement, il n’ y a rien à dire. Les paysages sont beaux et j’ai pris une claque.

En ce moment je lis (enfin) Morwenna et je sens la bonne lecture de fin d’année. Ensuite il y aura Les barreaux de l’Eden de Pierre Pelot. Pour la suite je ferais en fonction des livres que j’ai sur Lyon. Ça changera peut être lors des vacances où je vais retrouver ma bibliothèque pour deux semaines.