Nouvelles du dimanche #3

la malédiction de bishaLeigh Brackett fait partie de ces auteurs de SF qui sont restés dans l’ombre parce qu’elles sont des femmes. Pourtant elle n’a rien a envié aux autres auteurs avec cette nouvelle. Mars est une planète qui sert lieu à un cycle incontournable de son œuvre. Un médecin terrien habite sur Mars, il recueille une fillette que sa tribu veut tuer car elle est porteuse d’une malédiction. On se retrouve avec un Terrien qui fait preuve de pragmatisme face aux superstitions martiennes. On va croire à la possibilité de sauver la fillette jusqu’à la fin. Mais la fin est pessimiste avec cette idée que malgré tout on ne peut pas échapper à son destin.

l'anniversiare du reich de mille ansVoilà une nouvelle d’Andrevon à la tonalité bien sobre par rapport à ce que j’ai déjà pu lire de lui. En 2933, la planète entière se prépare à fêter les mille ans du Reich. C’est fébrilité et enthousiasme dans toutes les couches de la population. Mais un vent se lève et parcourt l’ensemble du globe. Étonnamment cette nouvelle aurait pu être plus développée, comment serait le monde si le III° Reich avait atteint mille ans ? On a quelques éléments de réponses mais ce n’est pas ça qui intéresse Andrevon. Il s’intéresse à la promesse d’Hitler que le Reich durerait mille ans. Il se passe quoi lorsque le Reich atteint sa millième année ? Il suffit de lire la nouvelle pour le savoir.

angle mortJusqu’à présent je n’ai lu de Lauren Beukes que Moxyland. Mais cette nouvelle prouve sans problème son talent. Dans le cadre du cadre d’une occupation terrestre d’une autre planète, les humains ont un comportement violent à l’égard des extraterrestres sans défense. Cette situation n’est pas sans rappeler ce qu’il a pu se passer en Irak ou en Afghanistan avec les troupes américaines. Alors c’est une nouvelle qui fait une piqure de rappel sur certains comportements et qui fait réfléchir lorsqu’elle se conclut sur « On ne peut pas déshumaniser ce qui n’est pas humain ». Ça nous autorise alors à faire ce que l’on veut ? Vous avez quatre heures…

Sukran, Jean-Pierre Andrevon

sukranTitre : Sukran

Auteur : Jean-Paul Andrevon

Editeur : Denoël

Année : 1989

250 pages

L’histoire : Rolland Cacciari est un soldat démobilisé après une guerre de croisade anti-islamique menée par des Etats européens.Sans travail il vivote dans la rue jusqu’à ce qu’il se voit proposer un poste de vigile dans une entreprise qui cache un trafic ignoble d’êtres humains.

Ce que j’en pense : Deuxième roman d’Andrevon que j’ai lu en 2015. On y retrouve les mêmes ingrédients que dans le Travail du Furet. Un héros désabusé qui raconte ses aventures, une société inégalitaire et raciste, des dialogues avec un humour cru et décapant.

Quand on voit le nom des trois parties composant le roman, il n’y a pas de grande surprise dans l’évolution de la carrière de Roland : gravir des échelons avant de découvrir la vérité et tourner casque.

Par contre la société décrite en 1989 est très proche de la société dans laquelle nous vivons. Bien sûr cela se base sur le choc des civilisations cher à Huntington, qui a pu perdre de sa pertinence pendant quelque temps. Mais avec l’omniprésence de l’EI dans le paysage médiatique on retrouve cette confrontation entre blocs culturels. On retrouve une société raciste, séparée, qui refuse de s’ouvrir aux autres, pas si éloignée de celle d’aujourd’hui.

Il y a vingt cinq ans, Sukran était un roman d’anticipation, aujourd’hui il serait un roman presque réaliste.

Dans le texte :

« – Un nouveau de Gaulle ? Un nouveau Jean Moulin ? Ou un nouveau Mendès-France ? Plus près de nous dans l’histoire, je vois pas…

– Dis donc, Cacciari ! Tu connais quand même des noms, on dirait. C’est l’école, ou c’est que tu as porté un petit intérêt à la politique entre trois et cinq ans ?

– Dis donc, Farouan, tu as un certain humour, pour un arbi…

– C’est la fréquentation des Caucasiens, mon frère. On apprend nous aussi. Nos ancêtres les Gaulois…C’est comme ça qu’on en vient à s’intéresser à la politique intérieure française. Parce que la politique extérieure, il n’y a jamais eu besoin d’aller la chercher, elle est venue à nous. « 

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Grand Prix de l’Imaginaire 1990

Le Travail du Furet, Jean-Pierre Andrevon

le travail du furetTitre : Le Travail du Furet

Auteur : Jean-Pierre Andrevon

Editeur : ActuSF

Année : 2015

515 pages

L’histoire : Dans un futur proche, la maladie a été éradiquée. Mais pour éviter la surpopulation, l’Etat mandate des tueurs pour éliminer 400 000 personnes chaque année.

Quand le Furet est contacté par une de ses connaissances qui lui fait part d’informations remettant en cause le discours des autorités. A partir du moment où il va se mettre à douter, les ennuis vont commencer à lui tomber dessus.

Ce que j’en pense : Jean-Pierre Andrevon est un auteur dont j’ai beaucoup entendu parler dans le cadre de l’Imaginaire français. C’est à l’occasion de la réception du Travail du Furet dans le cadre d’un Masse Critique que j’ai enfin lu un roman de lui.

Il faut le dire tout de suite : âmes sensibles, s’abstenir. Andrevon nous décrit un avenir très sombre. L’environnement est très pollué. Le monde est surpeuplé et la division sociale est omniprésente. Le pire c’est qu’il semble n’y avoir aucune espérance. Le seul but est de finir la journée sans trop de mal et ne pas penser au futur. Le futur décrit par Andrevon est très cauchemardesque mais semble à peine éloigné de l’état de nos sociétés.

Le personnage du Furet, même s’il évolue dans un monde dystopique, est véritablement une personnage de roman noir. Il est gavé de références cinématographiques, surtout des films noirs américains. Ce n’est pas pour rien qu’il surnomme son imper « Bogart ». Le métier du Furet est d’éliminer des cibles. Mais à chaque fois il fait ça de différentes manières qui sont décrites de manière très détaillée et donc très dégueulasse. . Même si le roman est court, les descriptions deviennent rapidement écœurantes.

Le Furet se retrouve face à un choix que chacun pourrait avoir à faire. Ou bien il se rebelle et perd tout élément de confort, toute existence dans un monde qui détruit très facilement ses membres. Ou bien il continue, lâchement, à faire le boulot pour lequel il est payé.

Le roman est accompagné de sept nouvelles qui se déroulent dans un futur cauchemardesque proche de celui du Travail du Furet. Deux m’ont particulièrement marqué : « Demain je vais pousser », où sans vraiment être explicite un homme travaille, avec une multitude de collègues à repousser d’autres hommes, juste l’occident qui repousse ceux qui voudraient y entrer; « Et si nous allions danser », un été dans un camp de vacances, où la pénurie apparait, où les occupants sont malmenés, où on fait la queue pour des douches inquiétantes.

Le Travail du Furet a une tonalité dérangeante et des questionnements utiles mais je ne sais pas si j’en garderai un souvenir impérissable.

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